C’est une situation que je rencontre régulièrement, et elle arrive rarement d’un coup. Le prestataire répond de moins en moins vite, puis plus du tout. Ou il a changé de métier. Ou l’agence a fermé. Parfois, c’était le neveu d’un adhérent, il a déménagé, et personne n’a jamais eu les mots de passe.

Le site continue de fonctionner, jusqu’au jour où il faut le modifier, où le domaine arrive à échéance, ou où l’hébergement n’est plus payé.

La bonne nouvelle, c’est qu’il y a presque toujours une issue. La mauvaise, c’est que sa difficulté dépend d’une chose que vous pouvez vérifier tout de suite : à quel nom est déposé votre nom de domaine.

Quatre choses à récupérer, dans cet ordre d’importance

Un site, ce n’est pas un objet unique. C’est un assemblage de quatre éléments qui peuvent appartenir à quatre personnes différentes.

1. Le nom de domaine, le seul vraiment irremplaçable

C’est votre adresse. Le reste peut être refait ; votre adresse, non. Si vous perdez ma-commune.fr, vous perdez aussi tous les liens qui pointent vers vous, votre référencement, et souvent vos adresses e-mail.

Vérifiez dès maintenant qui en est titulaire. Le titulaire est le propriétaire ; le contact technique ne l’est pas. Un prestataire peut légitimement figurer comme contact technique, c’est même pratique. Qu’il figure comme titulaire l’est beaucoup moins.

Si vous êtes titulaire, vous êtes en position solide, quoi qu’il arrive. Le bureau d’enregistrement chez qui le domaine est déposé peut vous rendre la main sans l’accord de qui que ce soit d’autre.

2. L’hébergement, là où vivent les fichiers

C’est le serveur qui stocke le site et le rend visible. On en a besoin pour récupérer les fichiers et la base de données, donc pour déménager ailleurs sans tout réécrire.

Sans accès, ce n’est pas bloquant, mais c’est coûteux : il faudra reconstruire ce qui aurait pu être copié.

3. Le code et l’outil de gestion

Selon la façon dont le site a été fait, il s’agit d’un accès administrateur à un outil de publication, ou de fichiers de code. C’est ce qui détermine si vous pouvez modifier le site, ou seulement le regarder.

4. Les contenus et les données

Vos textes, vos photos, et surtout les données que le site a collectées : adhérents, inscriptions, messages reçus. Ce sont souvent les plus précieuses, et les seules qui ne se retrouvent nulle part ailleurs.

Par où commencer, concrètement

Avant d’appeler qui que ce soit, rassemblez ce que vous avez. C’est fastidieux et c’est ce qui fait gagner le plus de temps.

  1. Cherchez les factures. Celui qui paie le renouvellement du domaine et l’hébergement apparaît sur une facture ou un relevé bancaire. C’est souvent la piste la plus courte vers le bon interlocuteur.
  2. Fouillez les anciennes boîtes mail. Les identifiants ont circulé un jour par e-mail. Cherchez le nom de votre domaine dans les archives, y compris dans celles de l’ancien président ou de l’ancien secrétaire.
  3. Regardez l’annuaire public des domaines. Il vous dira chez quel bureau d’enregistrement votre domaine est déposé, et parfois qui en est titulaire.
  4. Contactez directement le bureau d’enregistrement. Si l’association ou la commune est titulaire, leur service client a une procédure de récupération d’accès. Elle demande des justificatifs, pas l’accord du prestataire.

Le cas difficile : le prestataire est titulaire du domaine

Cela arrive, et pas toujours par malveillance : beaucoup de petites agences déposent les domaines de leurs clients sur leur propre compte parce que c’est plus simple à gérer.

Le problème apparaît le jour où la relation s’arrête. Le sujet cesse alors d’être technique pour devenir contractuel : ce que dit votre devis, ce que vous avez payé, et ce à quoi il s’était engagé. Une mise en demeure écrite, en recommandé, est le passage habituel.

Il faut aussi préparer l’autre hypothèse, celle où le domaine n’est pas récupérable dans un délai acceptable. Repartir sur un domaine voisin est douloureux mais faisable, à condition d’organiser la transition : informer vos contacts, republier vos pages, et accepter de reconstruire une partie de votre visibilité.

C’est pénible. C’est aussi la raison pour laquelle je conseille de vérifier ce point avant que la relation ne se dégrade.

Ce qu’il faut exiger la prochaine fois

Que vous restiez avec votre prestataire actuel ou que vous en changiez, trois points méritent d’être écrits noir sur blanc.

  • Le domaine est déposé à votre nom, avec votre adresse e-mail comme contact titulaire. Le prestataire peut rester contact technique.
  • Vous disposez d’un accès administrateur à votre site, même si vous ne vous en servez jamais. Un accès qu’on n’utilise pas coûte zéro ; un accès qu’on n’a pas coûte une refonte.
  • Vous pouvez exporter vos données quand vous le souhaitez, dans un format lisible ailleurs.

Ces trois lignes ne coûtent rien à un prestataire honnête. Un refus de les accorder est en soi une réponse.

Ce que je fais dans ces cas-là

Je commence par établir ce que vous possédez réellement, avant de parler de refonte. Il arrive que la situation soit bien meilleure que crainte. Le domaine est au bon nom, l’hébergeur retrouve les accès, et le site redevient modifiable en quelques jours.

Quand l’existant est vraiment perdu, je reprends ce qui peut l’être et je reconstruis le reste, en récupérant les contenus publics plutôt qu’en vous demandant de tout réécrire. C’est ce que je décris sur la page refonte.

Ce que je ne fais pas, c’est promettre de récupérer un domaine dont vous n’êtes pas titulaire. Cela ne dépend ni de moi ni de vous, mais de ce que dit votre contrat.

Le réflexe à avoir cette semaine

Prenez cinq minutes et cherchez qui est titulaire de votre nom de domaine. Si c’est vous, vous pouvez refermer cet article tranquillement. Si c’est quelqu’un d’autre, vous venez d’identifier le sujet à traiter pendant que tout va encore bien.